États modifiés de conscience

de Charlotte Gavois (tiré de Sacrée Planète)

 

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Les développements de la musicothérapie nous offrent quelques éclairages sur l’importance du son pour l’inconscient humain. Selon Iegor Reznikoff, les zones du cerveau humain qui gèrent le son sont beaucoup plus primitives que celles qui gèrent les images. La zone du son appartient à nos premiers niveaux de conscience, ceux qui apparaissent bien avant notre naissance. Grâce au fait que cette zone du son dans notre conscience est profondément primitive, elle peut ne pas être affectée lorsque des niveaux plus superficiels de notre conscience le sont par des accidents, des maladies, des situations de stress ou la vieillesse. C’est sur ce fait remarquable que sont basées les thérapies par le son. En accédant par le son à des zones du cerveau encore intactes, le musicothérapeute peut guérir ou redonner vie à des zones endommagées.

 

En ce qui concerne les état modifiés de conscience on comprend mieux pourquoi, en affectant des zones primitives de notre cerveau, les sons favorisent le changement d’état de conscience ainsi que l’accès à des sensations hors de l’espace et du temps.

Dans cet état océanique il n’y a pas de rupture entre l’homme et son environnement, par conséquent il peut communiquer avec tout ce qui l’entoure quel qu’en soit le règne minéral, végétal ou animal.  

 Dans cette perspective le son a donc un double rôle : il va à la fois induire l’entrée dans les états modifiés de conscience puis permettre au chaman d’agir sur le malade par son biais.

Pour mieux cerner à quel type d’information a alors accès le chaman, l’hypothèse de Timothy Leary sur les huit circuits du cerveau humains apporte un éclairage possible.  

-Le premier circuit définit les stratégies (approche/évitement).

-Le second définit la vie émotionnelle (j’aime/je n’aime pas).

-Le troisième les facultés intellectuelles (vrai/faux).

-Le quatrième, le sens moral ( bien/mal).

-Le cinquième libère les circuits du plaisir.

-Le sixième est neurologique et affranchit l’intelligence du raisonnement linéaire en lui faisant expérimenter le complexe réseau multidimensionnel de l’infinité des connexions synaptiques possibles.

-Le septième niveau accède à l’intelligence biologique de l’ADN.

-Le dernier niveau correspond à la conscience quantique, au-delà même du corps et de la localité qui n’est pas sans rappeler Focus 15 et au-delà de Robert Monroe.

Quand le commun des mortels se limite couramment aux cinq premiers niveaux, le chaman emprunte plus régulièrement les sixième, septième, et huitième niveaux pour soigner.

 

En suivant régulièrement ces circuits, le chaman va développer ses capacités à accéder aux états modifiés de conscience et à stabiliser chacun de ses états pour y retourner à volonté. Plus un état de conscience est stabilisé, plus il permet d’accéder à un type d’information riche : le chaman apprend à se connaître lui-même, jusqu’aux recoins les plus reculés de son inconscient; il rencontre ses esprits protecteurs et ses animaux de pouvoir; il apprend à naviguer parmi d’autres formes d’énergie; il met en place sa propre cartographie des différentes strates de l’univers, les inframondes où il pourra rechercher les âmes égarées, le monde du milieu où minéraux, plantes et animaux lui seront d’une aide précieuse, les mondes d’en haut où siègent énergies cosmiques, guides spirituels et ancêtres.

 

Avec l’expérience certains n’ont plus besoin d’avoir recours à un outil pour modifier leur état de conscience. Si l’on s’en réfère aux théories neurologiques occidentales, ils ont développé de nouveau circuits neuronaux pour accéder directement à l’information cherchée. Dans le vocabulaire chamanique il s’agit d’un niveau d’attention qu’ils nomment L’attention secondaire et qui permet de percevoir simultanément la nature matérielle des objets et des personnes, et leur nature énergétique, impondérable. Cette attention est généralement assortie à d’autres possibilités telles que la précognition, la transmission de pensées et la communication directe et non-verbale avec les animaux, les plantes et les minéraux.

 

Il existe un troisième type d’attention dont parle Castaneda, la tierce attention qui donne au chaman la possibilité de dépasser la mort ordinaire pour se transformer en une intention-énergie: la force qui fait l’univers, par la fusion intégrale de son corps et de son esprit, et garder en même temps la mémoire de son individualité terrestre tout en étant totalement libéré des limites du moi individuel.

La connaissance initiatique ou l’intuition du chaman serait alors le fruit des visions signifiantes qu’il obtient à ce prix. Dans cet état de précognition, le chaman dénoue les fils de la rationalité pour aller à la rencontre de l’autre, de l’Univers en son entier et il n’a de cesse d’engager une communication constante entre toutes ses parties. Comme l’évoque Michaël Ripinsky-Naxon dans son livre « The Nature of Shamanism, Substance and Function of a religious Metaphor » à la suite de scientifiques comme David Bohm et Rupert Sheldrake, le chaman a ainsi accès à la mémoire de l’univers, dans un état de conscience où l’espace et le temps n’ont plus cours.